Les 50 disques qui comptent : le numéro 3.

QUEEN : « A Night at The Opera », 1975.

Et oui, il fallait bien que le chef d’œuvre de Queen apparaisse dans mon classement. J’ai longtemps hésité sur la place à lui accorder, et en fin de compte, la troisième place me semble être judicieuse car si j’écoute moins l’album aujourd’hui, il a clairement

conditionné ma passion pour le groupe et pour la musique en général.
Et oui, il fallait bien que le chef d’œuvre de Queen apparaisse dans mon classement. j’ai longtemps hésité sur la place à lui, a accorder, et au final, la troisième place me semble être judicieuse car si j’écoute moins l’album aujourd’hui, il a clairement conditionné ma passion pour le groupe et pour la musique en général.

La encore, voici un extrait de la chronique de cet album que j’avais écrite pour albumrock.net.

Nous sommes en 1974, et si Queen est alors un groupe connu et reconnu ; il n’a pas encore la gloire qu’il mérite (ou qu’il estime mériter), notamment aux yeux de la critique anglaise, qui les a souvent taxés de « sous Led Zeppelin ». Le paysage rock britannique de l’époque est passionnant et foisonnant mais difficile de se faire une place entre d’un côté Led Zeppelin qui sortira en 1975 Physical Graffiti, et de l’autre Pink Floyd, avec au programme pour cette même année Wish you were here. Ces 2 groupes sont des monstres sacrés et peuvent désormais tout se permettre après avoir sorti leurs chefs d’œuvre respectifs Led Zeppelin IV et The Dark Side of the Moon.

C’est avec cette ambition : « pouvoir tout se permettre », cet esprit de conquête et cette volonté d’enfoncer le clou que Freddie Mercury commence à travailler sur cet album A Night at the Opera avec l’aide du producteur Roy Thomas Baker.

Alors oui, évidemment il y a « Bohemian Rhapsody ». C’est la tête de gondole du disque, sa figure de proue sans qui rien n’aurait été possible. Tout a été dit sur ce chef d’œuvre, ses trois semaines de répétition, ses six semaines d’enregistrements, les 180 voix superposées pour les chœurs (au point que les bandes de l’époque furent à limite de la rupture tant elles furent réenregistrées), son vidéo-clip (un des premiers de l’histoire), sa diffusion sur Capitol Radio quatorze fois durant un week-end par l’intermédiaire de Kenny Everett, ami du groupe, sa nomination en tant que meilleure chanson britannique des 25 dernières années en 91 ; sa seconde naissance lors de la sortie de Wayne’s World en 1992 qui permit à l’album d’être à nouveau sur le devant de la scène.

Oui cette chanson mérite tous les superlatifs, et on acheta cet album avant tout pour ce single. Mais réduire le génie de A Night at the Opera à « Bohemian Rhapsody » serait une gravissime erreur.

La piste inaugurale déjà : « Death on Two legs; Dedicated to », brulot éructé à la face de leur ancien manager et escroc Norman Sheffield. Le décalage entre l’agressivité de la voix de Mercury et les mots typiquement british et désuets est absolument délicieux : « Misguided old mule with your pig headed rule », « Fools of the first division », « dog with disease ». Sur le fond, le propos est subtil et contenu ; sur la forme, c’est un déluge de coups qu’assène le quatuor sur cette ouverture. Les rythmiques de Brian May sont dévastatrices, l’ambiance est lourde, électrique, les chœurs hurlent à l’unisson « I think you should » quand Mercury demande au manager s’il pense au suicide. Bref, ça n’est pas une entrée en matière, c’est une gifle en pleine tronche !

Et là où la magie opère, c’est qu’après une telle première chanson, on s’attend à un enchainement du même acabit, aussi noir, aussi furieux… Mais c’est sans compter sur l’inclassable Freddie Mercury, qui nous balance un « Lazing on a Sunday Afternoon » tout droit sorti d’un Londres swing et jazzy des années 30. Le contraste est si saisissant qu’il s’agit là du premier vrai coup de génie de l’album. Le bougre réitèrera avec l’enchainement « Sweet Lady » hard-rock pur jus et « Seaside Rendez vous » en provenance directe des années folles avec ses chœurs enjoués et sonorités baroques, presque loufoques.

Les autres membres du groupe ne sont pas en reste : Roger Taylor nous propose la très virile « I’m In Love With My Car », le batteur n’ayant pas la subtilité de Mercury pour écrire des textes, un bon rock, lourd et qui mérite qu’on s’y attarde ne serait ce que pour le chant de Taylor : trop sous-estimé et pourtant ce grain éraillé très « Rod Stewart » fonctionne parfaitement.

John Deacon (dont l’influence grandissante de ses compos est à souligner) nous gratifie de sa traditionnelle pop-song ultra efficace « You’re My Best Friend », c’est frais, efficace et donne un sourire franc et massif à l’auditeur qui n’a pas été ménagé jusque là.

Les sonorités vont et viennent, les ambiances varient, il n’y absolument aucune homogénéité dans l’album et c’est ce qui fait la singularité et la force de ce disque au-delà de la qualité intrinsèque de ses compositions. Nous sommes à présent en territoire folk, presque country sur « ’39 », ambiance grosse caisse, contrebasse et feu de camp. Le refrain est imparable et les harmonies vocales superbes.

Et puis après l’opéra, après le hard-rock, après le folk et les délires jazzy, il y a l’expérimentation, la créativité sans limites du groupe : les huit minutes cosmiques de « The Prophet’s song », sorte de jumeau maléfique de « Bohemian Rhapsody ». Il s’agit là du plus long morceau de toute la discographie du groupe.

On doit ce titre à Brian May, qui en aurait rêvé l’idée générale et le concept. Cette pièce quasi-progressive s’ouvre sur des cordes délicates : le koto, instrument à cordes japonais, glisse subtilement vers un hard rock racé pour terminer dans des vocalises « boomerang » venant de droite à gauche pour un effet garanti. Typiquement le genre de titres méconnu du « grand public » mais qui aurait largement sa place sur un des 46 best-of officiels du groupe…

Et que dire de « Love Of My Life », son piano so british, ses cordes qui glissent sur les mots d’amour de Mercury pour Mary Austin. C’est doux sans être mièvre, c’est beau sans être trop larmoyant…. Ce sera surtout un des moments forts de chaque concert du groupe où le public reprendra à gorge déployée les paroles de la chanson.

Ce disque est la pierre angulaire du groupe, une réussite totale. Et s’il est facile aujourd’hui d’en parler avec quarante ans de recul, il eut le même effet à sa sortie. C’est A Night at the Opera, qui sous le prisme de « Bohemian Rhapsody », permit au groupe de passer dans la cour des très grands. Et si le groupe perdit un peu de sa crédibilité dans les années 80 notamment pour les puristes rock, les empêchant d’être sur le même piédestal qu’un Led Zeppelin par exemple (le Zep ayant échappé par la force des choses aux années 80), ANATOcompte parmi les albums fondateurs du rock, au moins aussi important dans l’histoire de la musique rock qu’un Led Zeppelin IV ou un Dark Side of the Moon.

A Night at the Opera fait partie de ces albums intemporels, et même si les sorties précédentes du groupe sont loin d’être à négliger, il marque clairement le début du règne de Queen sur la scène rock.

Genre : OVNI rock-baroque légendaire.

A écouter, « The Prophet’s song » et ses expérimentations en stéréo.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s