Les 50 disques qui comptent : le numéro 2.

Et voila, avant dernier disque, et fort logiquement, on s’approche très près des étoiles.

C’est particulièrement le cas avec ce numéro 2, que j’aurai largement pu mettre en numéro 1, j’ai d’ailleurs longuement hésité.

THE GATHERING : « How to Measure A planet », 1999

Hiver 1999, le groupe Hollandais sont son nouvel album et j’ai hâte de l’écouter tant les deux derniers disques avec Anneke Van Giersbergen m’ont enthousiasmé : du métal avec de grosses guitares mais avec cette voix somptueuse qui fait toute la différence.

Je vais donc chez le disquaire de l’époque, STARTER pour me procurer ce » How to Measure A Planet » quasiment dès sa sortie. La première écoute est sans appel : encéphalogramme plat. Rien ne se passe. Pas l’ombre d’une guitare, pas l’ombre d’un frémissement, la déception est colossale, et je m’apprête à classer mon cd dans la catégorie « acheté trop vite et que je ne réécouterais jamais ».

Sauf qu’il y a ce pote du lycée, celui là même qui m’a fait connaître ce groupe, ainsi que toute une tripotée d’autres, me dit de persévérer, de prendre du temps, de l’écouter dans de bonnes conditions et que l’album est fantastique. Je me souviens précisément de ce moment. Nous sommes dans la cour du Lycée et je suis alors remonté dans ma chambre (j’étais à l’internat du Lycée), je remets le disque, je remet mes écouteurs, et oui le miracle opère. La magie s’installe effectivement après quelques écoutes.

J’ai suite à ce jour écouté cet album presque tous les soirs de toute l’année scolaire en faisant attention à chaque note, chaque instrument, chaque arrangement et en m’endormant paisiblement au son de la douce voix d’Anneke et de ce « trip-rock » assez nouveau. Et depuis, plus de 20 ans ont défilé, et toujours impossible de m’en passer.

Là encore, voici quelques extraits de la chronique du disque écrite pour albumrock.net :

Une invitation au Voyage. Voilà ce qu’est « How to measure a planet ». Dans une inspiration Baudelairienne, poétique, presque prophétique et éclairé d’un bout à l’autre par une lueur difficilement descriptible, ce disque procure une sensation de drogue douce plongeant l’auditeur dans une bulle cotonneuse tout au long des deux disques qui composent cette œuvre hypnotique.

« How to measure a planet ? » est un chef d’oeuvre. N’y allons pas par 4 chemins, cet album est une réussite éblouissante, aussi aveuglante que le jaune solaire de sa pochette. Mais une réussite qui se laisse difficilement dompter, qui n’est presque pas perceptible durant les premières écoutes.
La création musicale est souvent, si ce n’est une réponse, une inspiration, voire un hommage au contexte musical dans lequel on évolue, à plus forte raison quand celui ci a des allures de révolution. How to measure a planet ? (HTMAP) fait partie de ces oeuvres, qui voient leur process d’ecrit bouleversé par une époque et une révolution sonore : la sortie d’Ok Computer de Radiohead paru en 1997. Avant la sortie de ce HTMAP, rappelons que le groupe naviguait entre métal gothique et rock atmosphérique, et que ses deux précédents albums, s’ils étaient réussis, n’avaient strictement rien en commun avec la bande de Thom Yorke. La qualité intrinsèque de Mandylion et Nighttime Birds était certaine, mais n’apportait rien de fondamentalement nouveau sur la scène musicale de l’époque, si ce n’est l’arrivée d’une chanteuse dont on a très vite décelé le potentiel.


Si l’on a beaucoup parlé sur les chroniques précédentes de l’importance et de la mise en lumière d’Anneke Van Giersbergen, ce nouvel album est avant tout l’œuvre d’un groupe. Là où la voix d’Anneke était parfois mixée très en avant, l’unité et l’alchimie du groupe sont absolument incroyables d’un bout à l’autre des 13 compos (sur deux disques donc) et de ces 103 minutes de voyage interstellaire.Si Anneke est la figure de proue de l’identité du groupe (vocale et visuelle), René Rutten en est l’architecte sonore. Le guitariste signe plus de la moitié des titres et en définit magistralement les ambiances. Le groupe a toujours su construire des atmosphères marquées : sèches et arides sur Mandylion, froides et polaires sur Nighttime Birds ; et nous propose ici un voyage planant, presque cosmique, au sens scientifique du terme.


Induit déjà par le nom de l’œuvre, par son artwork (un peu raté ceci étant), le Voyage sonore s’effectue dès la première piste « Frail » où Anneke nous instille les premiers frissons en nous parlant de fragilité et de rédemption. Les notes de guitare sont rares mais résonnent parfaitement face à la caisse claire en forme de caresse en apesanteur.  C’est une entrée sous psychotrope que nous propose le groupe ; à plus forte raison si on a la brillante idée d’écouter l’album au casque, lové dans un fauteuil confortable, à la tombée de la nuit. Le voyage est lunaire, psychédélique, mais un psychédélisme doux et suave. A l’image d’un « Great Ocean Road » qui nous fait emprunter une route spatiale sur un Océan imaginaire par delà le système solaire. Les nappes de claviers sont discrètes, les coups de cymbales de Hans Rutten sont telles des étoiles explosant dans le cosmos, le tout dans cette atmosphère presque « indus » tant on semble discerner les bruits des machines de l’engin spatial, avec en guise d’explosion des lyrics qui sonnent comme des mantra  « There is no place, on the face of this Earth, only silence..is the sound of an angel ».


L’ange est facilement identifiable, lorsque les lumières s’éteignent peu à peu et que le trip fonctionne parfaitement, c’est Anneke qui nous sauve littéralement d’un coma cotonneux, comme elle le murmure dans « Rescue me », titre fantastique qui permet à l’album d’atteindre sa vitesse de croisière spatio-temporelle. Le reste du premier disque est tout aussi stupéfiant, alternant titres vaporeux et presque lascifs ( « My electricity » et ses sublimes vocaux doublés) et morceaux plus enlevés comme « Liberty bell ».

The Gathering nous a déjà emmené à des hauteurs vertigineuses jusque là mais le sommet psychotropique n’est pas encore atteint. Il le sera bientôt, quelque part entre les 3 derniers morceaux, d’une unité incroyable et fonctionnant presque comme un palliatif tant notre cerveau, notre conscience, notre corps, et notre âme ont depuis longtemps quitté toute enveloppe tangible..


« The Big sleep » voit Anneke nous bercer dans des volutes brumeuses et aériennes « I’m dreaming, sing me a lullaby (..) far away from reality ». C’est à peine si on perçoit l’entrée de la batterie, pourtant douce et racée à la fois, tant notre esprit s’est envolé haut, très haut. Les arrangements sont ciselés à la perfection : le rythme syncopé de « Marrooned » nous maintient sous respiration artificielle, le temps pour le groupe de nous pousser au bord des abîmes sur l’hypnotique et initiatique « Travel » avec un final aux formes de voyage éternel, entre sommeil et léthargie tourbillonnante.La première partie de l’odyssée prend fin, l’auditeur est encore groggy et hébété face à autant de pureté sonore et imaginative. Le groupe réussit l’exploit de nous embarquer avec lui dans sa quête d’infinité et ce en nous faisant perdre tous nos repères habituels : ici pas de riffs de guitare abrasifs, pas de breaks de batterie testostéronés, juste 5 artistes ayant décidé de jouer avec notre imaginaire en nous proposant une musique inattendue, lumineuse, et d’une incroyable pureté.

Le second disque est du même niveau, sans doute plus varié et à la fois plus expérimental. Alternant titres instrumentaux presque progressifs ( « South American ghost ride » ) et chansons plus directes (la sublime « Illuminating »), il permet à l’auditeur de redescendre paisiblement du trip hallucinatoire, le groupe continuant de nous bercer de ses ambiances cosmiques jusqu’à l’atterrissage final, après 28 minutes instrumentales de Space-rock de haute voltige sur le bien nommé « How to measure a planet ».

Vous l’aurez compris, HTMAP est une œuvre aboutie à la perfection, donnant un nouveau souffle au groupe. Il fait partie de ces albums ayant la qualité des œuvres majeures de notre temps : celle d’avoir une durée de vie inépuisable, et on se surprend encore après des dizaines d’écoutes à remarquer un arrangement ici, une sonorité par là, et c’est un délice absolu de déguster ces harmonies et arrangements posées subrepticement au fil de l’album. Il convient une nouvelle fois d’insister sur ce point, et de ne pas se laisser griser par la première écoute qui ne délivre pas immédiatement toutes ses saveurs.

La réussite artistique de ce How to measure a planet  est totale et le groupe continuera de nous éblouir sur ses prochains albums, Souvenirs et Home notamment, autres invitations au Voyage, dans des contrées différentes mais toutes aussi lumineuses et abouties.

Genre : Trip-rock de très haute voltige.

A écouter, au casque, la nuit tombante en scrutant les étoiles, et pour se mettre en condition pour écouter tout l’album : « Frail (You might as well be me)« .

Relire la chronique complète sur albumrock.net

A très vite pour le numéro 1.

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