Fiches cartonnées, but contre son camp et petit plaisir solitaire.

Dans mon dernier article, j’expliquai comment j’étais né au foot, entre 91 et 93. C’est à partir de cette période là que l’initiation au football va laisser place à une passion débordant, dévorante, bien aidé par une période dorée du football en général et du football français en particulier.


Il a bien fallu aller au collège le lendemain de la défait à domicile de l’équipe de France en 1993 face à la Bulgarie. La journée a sans doute du être longue, compliquée à ressasser cet improbable retournement de situation, dans les dix dernières secondes par un obscur joueur bulgare nommé Kostadinov.M^me si la défaite et l’élimination sont douloureuses, elles véhiculent un truc assez dingue pour un spectateur ado : la dramaturgie et l’émotion dingue, « juste» pour un match de foot, ce que les nons fans peinent encore à comprendre.
Pour assouvir cette passion, et continuer de vibrer, j’ai découvert depuis quelques mois un truc anodin mais qui a son importance dans ma culture footballistique : la presse spécialisée.

Cela peut paraitre bête mais on ne lit pas beaucoup à la maison, en tout cas pas beaucoup de livres, et encore moins de magazines ou journaux. Je me souviens encore de mon premier « Onze Mondial », on doit être au printemps 1993, et c’est 2 joueurs du PSG et de OM en couverture : Valdo, le numéro 10 brésilien parisien et Frank Sauzée, milieu de terrain marseillais.Bien évidemment, à l’époque, pas d’internet donc cette presse spécialisée et les livres consacrés au football sont les seules sources d’information disponibles pour moi (même le fameux télétexte n’est pas encore arrivé sur les télévisions), à plus forte raison quand on a pas la chance d’avoir Canal plus pour pouvoir découvrir quelques images du foot étranger.


Chaque mois, cette même phrase dite à mon père : « penses à acheter mon Onze Mondial s’il te plait », et à chaque fois, cette attente interminable jusqu’à son retour, déception totale si le numéro n’était pas encore sorti et joie immense dans le cas contraire. Je lis chaque mois l’intégralité du magazine : résultats, dossiers, foot français, foot international, les pages sur le foot amateur, entretiens et surtout c’est l’époque des fiches à détacher, que je classe dans une petite boite. Bientôt les Ciriaco Sforza, Enzo Scifo, Kalusha Bwalya, William Prunier, Andreas Herzog, Wim Jonk n’auront plus de secrets pour moi. Encore aujourd’hui je regrette de m’être débarrassé de ces fiches, mais aussi des posters de joueurs de foot, qui avaient recouvert l’intégralité des murs de ma chambre. J’ai par contre conservé presque religieusement tous mes numéros de Onze Mondial, de mai 93 à septembre 98, à raison d’un magazine par mois sur 5 ans, ça a toujours pris énormément de place sans que je puisse me résoudre à m’en séparer.

C’est aussi l’époque des hors-séries avant et après la saison. Alors sans doute existent ils toujours dans les kiosques, mais à l’époque, sans internet, c’est l’achat obligatoire pour découvrir les nouveaux effectifs pour la saison à venir, avec le petit calendrier à détacher, ou des dizaines de pages de résultats et de statistiques pour les bilans de la saison.
Côté télévision, un événement va définitivement me faire tomber amoureux de ce sport : la Coupe du monde 1994. On le sait, j’en ai parlé dans l’article précédent, la France est piteusement absente de ce mondial. Et si beaucoup ont dit que c’est sans doute grâce à cette élimination ayant entrainée sa reconstruction que les Bleus ont ete champions du monde en 98, j’aime à penser que s’ils avaient été qualifiés en 94, la compétition aurait sans doute été moins belle, et je l’aurais vécu sans doute très différemment. Déjà parce que les équipes ayant éliminé la France, à savoir la Bulgarie et la Suéde, ont été parmi les plus flamboyantes de la compétition. Ensuite, parce qu’en n’étant plus neutre, les matchs n’auraient évidemment plus eu la même saveur. Il y a une énorme différence entre regarder un match/une compétition quand tu supportes un club/une nation, avec l’angoisse, le stress et les attentes que ça implique ; et assister au même tournoi en étant neutre : on est plus à même de regarder les matchs pour la simple beauté du sport, pour la simple pureté des gestes, d’en prendre plein les yeux sans trembler une seconde, sans penser au « match d’après ».

C’est ce que je retiens de cette Coupe du Monde : en avoir pris plein les yeux, que ce soit d’un point de vue purement foot (avec des buts splendides, des matches de légendes) ou pour les à côté : les stades pleins et colorés, la dégaine de certains joueurs (Alexi Lalas, Ivanov, Letchkov), sans compter les moments historiques (les 5 buts de Salenko, le but de Roger Milla a 42 ans), la célébration de Maradona face caméra contre la Grèce, la joue de Yekini dans les filets du but adverse, etc. Hélas, on se souvient aussi de cette Coupe du Monde pour les moments tragiques : l’assassinat d’Andres Escobar de retour en Colombie suite à son but contre son camp.

Mon blog n’étant pas à proprement parler un blog sur le foot, je m’arrête là pour les détails footballistiques pour ne pas perdre tout le monde. Disons juste que j’ai plus de facilité à me rappeler les scores, voire certains buteurs de cette Coupe du Monde là, bien davantage à la dernière Coupe du Monde 2018. Je me souviens du match d’ouverture Allemagne-Bolivie, j’ai même encore en tête le jingle annonçant les matches, sponsorisés par SFR, je me souviens du second match, Espagne-Corée du Sud, commenté par le duo Didier Roustan/Eric Cantona, diffusé tard dans la nuit avec le décalage horaire.

Si j’ai autant de souvenirs, c’est sans doute aussi parce que c’est la première (et peut être dernière) compétition vécue seul devant ma télé à 100%. J’avais la chance d’avoir une télé dans ma chambre, et je n’ai pas raté grand chose des 52 matchs. Et le peu que j’ai raté, c’est vraiment parce que je n’en avais pas le choix. Heureusement, 4 ans plus tard, j’aurai un magnétoscope et je pourrais enregistrer les 64 matches de la Coupe du Monde !

Etant le seul passionné à la maison, j’ai pris un énorme plaisir à me faire les matches de ce mondial américain, en plus des résumés, des diffusions du « Journal du Mondial » avec Henri Sannier, seul dans ma chambre devant ma petite télé. J’étais déjà d’un naturel solitaire, mais cette période a sans doute accentué mon besoin de vivre les trucs un peu seul, peinard, là où beaucoup d’autres préfèrent partager ça entre amis ou en famille.La coupe du monde à la télé, c’est aussi la seule occasion de voir du foot « étranger » quand tu n’a pas Canal Plus. Et entre la passion qui s’accentue et les dizaines de magazines que je lis, autant dire que je commence à me sentir à l’étroit avec juste la Coupe de France et quelques résumés de D1 à me mettre sous la dent…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s