Victoire à 2 points, Télétexte et décodeur.

Dans l’article précédent, j’expliquais que c’est en 1994 que ma passion du foot a vraiment explosé, pour atteindre son paroxysme à la coupe du monde américaine, première que j’ai pu suivre en direct à la télévision.
Seulement, une coupe du monde c’est tous les 4 ans (d’ici à ce que ces dénégérés de la FIFA nous en collent une tous les deux ans…), et pendant ce temps, il faut bien continuer à s’abreuver de foot, que ce soit de courtes images ou de matches en entier.

Et à l’époque, quand tu n’a pas la chance d’avoir Canal Plus, c’est un peu compliqué, car au delà des Coupes du monde et des Coupes d’Europe, ce qui rythme une saison, c’est vraiment le championnat, la Division 1 à l’époque, ancêtre de notre Ligue 1.

Le championnat de France, à l’époque, pour l’ado que j’étais, se résumait à une seule chose : attendre le milieu de la nuit la diffusion de « Formule Foot » sur TF1. Canal Plus en tant que diffuseur exclusif des matches, diffusait déjà « Jour de Foot », directement après les matches du samedi (de mémoire quasi tous les matches se déroulaient le samedi en soirée).
De mon côté, le rituel était tout bête mais frustrant à la fois : patienter toute la soirée du samedi pour enfin tomber sur les résumés de Frédéric Jalliant, Philippe Houy ou Vincent Hardy. Première partie de soirée, il fallait s’enquiller « Fort Boyard », « Sebastien c’est fou » ou tout autre divertissement famillial avec mes parents. C’est ensuite que ça devenait difficile : tenir le coup, ne pas sombrer devant les deuxièmes et troisièmes parties de soirées absolument insipides pour n’importe quel adolescent ; surtout quand il n’y a que 3 pauvres chaînes de télé. Et bien souvent, et c’est dans ce sens que j’utilisais plus haut le terme de « frustrant », je m’endormais avant même de voir les premiers buts des premiers résumés, pour me réveiller deux heures plus tard, surpris par des bruits de chasseurs dans « Histoires Naturelles » ou par une énième rediffusion d’Ushuaïa.

Je ne vivais donc le championnat que par le biais de la presse avec mes « Onze Mondial », mais qui était un mensuel, donc pas idéal pour se tenir au courant. Mais bientôt une nouvelle invention fera son apparition : le télétexte. Cette extraordinaire fonctionnalité qu’on trouvait sur les postes de télévision « récents » nous permettait d’avoir les infos, la météo, et quelques résultats sportifs, en affichage « minitel pixellisé ». Le must était bien sûr de pouvoir consulter aussi les principales affiches des championnats Européens, réservés encore aux heureux abonnés Canal Plus.

Et pour Canal, mes parents ne faibliront pas. Si je suis parvenu à avoir très tôt la télé dans ma chambre (avec donc seulement 3 chaines), il était hors de question pour mes parents de souscrire à Canal à l’époque. J’ai en tête que l’abonnement était à ce moment vraiment cher (oui il l’est encore aujourd’hui mais dans une mesure différente), et ils n’étaient pas prêts à se sacrifice pour une seule des 5 personnes de la maison à s’intéresser au foot.

Mais, j’allais trouver rapidement un allié solide, qui allait me permettre de voir les belles affiches du championnat de France, la Coupe d’Europe et le charme des rencontres aller-retour.

Nous sommes toujours au début des années 90, et dans mon groupe de copains de mon village, il,y a Stéphane, mon meilleur ami, et accessoirement mon voisin le plus proche, moins de 100 m en nos deux maisons, donc autant dire, qu’on allait régulièrement l’un chez l’autre pour jouer ensemble, que ce soit au Monopoly ou plus souvent à la console. Seule ombre au tableau, Stéphane s’en fout du foot. Son père, lui par contre, est un mordu et passionné….et en bon fan de foot, il a évidemment un abonnement Canal plus.

Alors, je ne sais plus dans quelles conditions cela s’est passé la première fois, mais je me retrouve très régulièrement, à aller regarder le foot chez mon voisin avec le père de mon meilleur ami, pendant que sa mère fait autre chose de son côté et que mon Stéphane est dans sa chambre. Cela commence par quelques affiches du championnat le dimanche soir, où petit à petit, je déborde un peu en regardant le sommaire des grands formats de « l’Equipe du Dimanche », mais comme il y avait école le lendemain, je ne voyais en général que le sommaire.

Puis petit à petit, j’y vais pour regarder les matches de coupes d’Europe (dans ma mémoire, la diffusion des 3 coupes d’Europe est partagée entre TF1 et Canal).
J’étais un ado super timide, mais la passion du foot pouvait me faire faire des choses un peu « dingues » pour le garçon réservé que j’étais. Peut-être que je demandais au père de mon voisin si je pouvais venir regarder le match avec lui, et que lui n’osait pas me dire non ; c’est même très probable. Si aujourd’hui, le fils de mon voisin tente de taper l’incruste pour le moindre match de foiot en soirée, je suis pas sur d’accepter à chaque fois…

Me voilà donc quasiment une fois par semaine avec mon fauteuil attitré, avec le père de mon pote à côté, en train de regarder les matches qui font l’anthologie du foot français sur la scène Européenne : PSG-REAL 93 avec la tête de Kombouaré, l’épopée dingue d’Auxerre jusqu’en demi finale contre Dortmund (saleté de tir au but manqué par Mahé), la « remontada » de Bordeaux contre le grand Milan en 96, etc. Ce sont tous ces moments, toutes ces affiches qui forgeront ma passion du foot et surtout sauront me transmettre ce frisson des belles soirées Européennes. C’est aussi grâce au foot, et donc indirectement grâce au père de mon pote que j’ai pris mes plus belles leçons de géographie, en sachant placer sur une carte les villes de Poznan, Prague, Polvdiv, Sofia, Glasgow, Saragosse, Kiev et autres…

Peut-être que le père de Stéphane était content aussi de pouvoir partager sa passion avec quelqu’un… J’en veux pour preuve le chouette cadeau qu’il me fit quelques mois plus tard : me donner sa collection entière de Onze Mondial, commencée au numéro 3 en 75 et qui couvrait toute l’histoire du football jusqu’en 86. Collection qui m’a suivie durant tous mes nombreux déménagements et que j’ai toujours chez moi, bien en place et même si c’est assez rare que je les consulte, même si cela prend une place folle, je refuse de m’en séparer. Peut-être qu’un jour un de mes enfants se passionnera pour le foot, ou peut-être le fils de mon voisin qui sait..

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